Chapitre 8 · Capsule 47/50

Vitesse, groupe et prise de risque

Par La Rédaction · Mis à jour le · 4 min de lecture

Un groupe de motards en quinconce sur une route de campagne, le dernier gardant ses distances et son propre rythme

La technique ne suffit pas : la plupart des accidents graves viennent d'un choix. Rouler trop vite pour les conditions, suivre un groupe au-delà de ses capacités, se croire meilleur qu'on ne l'est. Cette capsule parle de ce qui se passe dans la tête du motard, parce que l'ETM le fait aussi.

La vitesse : ce qu'elle change vraiment

Rouler vite n'est pas qu'une question d'amende :

  • Le champ visuel se rétrécit : à 130 km/h, tu ne vois plus que ce qui est droit devant.
  • Le temps pour lire une situation fond : à 90 km/h, 25 mètres par seconde ; une seconde d'hésitation, c'est une largeur de carrefour.
  • La distance d'arrêt suit le carré de la vitesse : passer de 50 à 70 km/h fait passer l'arrêt de 40 à environ 70 mètres.
  • La violence du choc suit aussi le carré de la vitesse : à 70 km/h, l'énergie est deux fois celle de 50.
  • Les virages demandent une adhérence que le pneu n'a plus : la moto part tout droit.

Et la vitesse isole : les autres usagers ne peuvent plus anticiper un deux-roues qui arrive deux fois plus vite que ce qu'ils imaginent. La marge de sécurité, c'est la différence entre la vitesse possible et la vitesse adoptée : c'est elle qui absorbe l'imprévu.

Le groupe : la pression qu'on ne voit pas

Rouler à plusieurs est un plaisir, et un risque identifié :

  • Le rythme s'aligne sur le plus rapide ; le moins expérimenté suit pour ne pas être lâché, au-delà de ses capacités.
  • On suit la moto de devant au lieu de lire la route : on freine quand elle freine, on dépasse quand elle dépasse, parfois dans des conditions qui n'existent plus pour nous.
  • La compétition s'installe sans qu'on le dise : qui passe le virage le plus vite.
  • Les arrêts improvisés, les dépassements en chapelet et les regroupements aux intersections créent des situations à plusieurs véhicules.

Les règles d'un groupe sûr : rythme du plus lent, le plus expérimenté ferme la marche, chacun roule pour soi (sa trajectoire, ses dépassements, ses freinages), formation en quinconce avec de vraies distances, et point de rendez-vous convenu : personne n'attend au milieu de la route et personne ne force pour rattraper.

L'excès de confiance

Le risque n'est pas maximal à la sortie du permis, quand on a peur, mais quelques mois plus tard, quand la peur est partie et que l'expérience n'est pas encore là. Les pièges :

  • La reprise après des années : on se croit motard, on ne l'est plus.
  • La nouvelle moto, plus puissante ou plus lourde, abordée comme l'ancienne.
  • La route connue, parcourue chaque jour, où l'attention s'endort.
  • Le beau temps et la sortie de loisir : détendu, on roule plus vite.
  • La colère et la frustration (un automobiliste qui t'a coupé) : on se venge sur la poignée.

Chaque motard a une marge à connaître : ses propres limites, celles de sa moto, celles de la route. L'expérience sert à mieux les estimer, pas à les repousser.

Les longs trajets

Sur un long trajet, le risque monte avec la fatigue, la chaleur ou le froid, la monotonie et la déshydratation :

  • Une pause toutes les deux heures ou 150 km, plus souvent par chaleur ou sous la pluie.
  • Boire régulièrement, manger léger, éviter l'alcool même « un seul verre » à la pause.
  • Les bouchons d'oreilles réduisent la fatigue du vent ; un équipement adapté à la saison évite le froid qui engourdit.
  • Prévoir l'itinéraire et les étapes, et accepter d'arriver plus tard : la nuit tombée après dix heures de route n'est pas le moment de « finir vite ».

Garder sa marge

Un motard qui dure est un motard qui garde de la réserve : de vitesse, de distance, d'adhérence, d'attention. Quelques règles simples qui résument ce chapitre :

  1. Je roule à une vitesse où je peux m'arrêter dans ce que je vois.
  2. Je me donne de la distance : deux secondes au moins, plus par temps humide.
  3. Je prends mes décisions seul, même en groupe.
  4. Je renonce quand les conditions ne sont pas bonnes : fatigue, colère, météo, alcool.
  5. Je me forme encore : stage de perfectionnement, retour au calme après une période sans rouler.

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